L'oeuvre

Par delà les mots et les gestes ordinaires posés au fil des aléas des conventions et des nécessités, nous élaborons incessamment mille et une créations. Cet étrange ballet des œuvres inachevées nous plonge au cœur de l’art et de la vie, tant elles se mêlent à notre quotidien et forgent ainsi les éléments les plus fondamentaux de notre humanité. Aux processus fonctionnels se superposent constamment les entrelacs de nos rêves, de nos pensées et de nos passions tissant ainsi les motifs de notre existence. Cette aptitude à conjuguer, en toute lucidité, les contingences opérationnelles immédiates et la distanciation créative révèlent à la fois les traits fondateurs de notre nature et par là même la nature profonde de l’art.


A l’évidence, le lot commun de tout un chacun est d’être artiste. Qui pourrait plus que quiconque revendiquer un talent à ce point distinctif qui le rendrait plus artiste qu’un autre. Nous sommes tous à la fois publics et créateurs dans un jeu permanent de constructions apparemment si banales que l’art se fond aux réalités de nos actes au point de s’y confondre et de s’y perdre. Mais au final, c’est en fait l’œuvre, par sa cohérence et sa notoriété, qui véritablement distingue l’artiste patenté de l’artiste ordinaire. Le public apparaît alors comme la pierre angulaire de cette mise en scène, le réel catalyseur sans lequel l’œuvre ne saurait naître et se révéler.


Sans publics point d’œuvre et sans œuvre, les artistes anonymes déploient leur inventivité au gré des projets et des actualités qui les mobilisent. Le regard des autres est à l’évidence un des éléments fondateurs de toute œuvre, il la désigne et lui confère un rôle essentiel : amplifier nos capacités poétiques d’interprétation du monde et façonner ainsi nos archétypes de la beauté sans lesquels nous pourrions être réduits qu’à de simples organismes fonctionnels.


Le rapport de l’artiste à l’œuvre se constitue quant à lui, dans l’enchainement des actes créateurs intentionnels et distanciés autour d’une cohérence et d’une continuité perceptible. Les publics deviennent alors à leur tour artistes par le seul regard qu’ils portent sur ces œuvres, s’ouvrant ainsi en rebond à d’autres facettes imaginaires de leurs propres réalités. L’art est en effet un processus dynamique de création de culture et de sens entre des artistes auteurs et spectateurs. Contempler personnellement une œuvre procède en effet de cet extraordinaire mécanisme de création collectif et cristallise singulièrement en nous son essence.


Slersgairt
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